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Appel à communication - Colloque d'historiens

A l'ocassion du 150ème anniversaire de l'Union en 2024, l'UPU et la Poste France organisera un colloque sous le thème "Faire du monde «un seul territoire postal». Histoire et actualité d’une promesse globale". L'appel à communication sera ouverte jusqu'àu 31 mars 2023.

   


Faire du monde «un seul territoire postal»Histoire et actualité d’une promesse globale

L’UPU a 150 ans

Date limite de réponse à l’appel à communication 31 mars 2023
Date de sélection début mai 2023
Date du colloque 2 février 2024, Berne (Suisse)


Appel à communication


Depuis sa fondation, l’Union postale universelle (UPU) s’est donnée pour tâche d’aménager le monde en «un seul territoire postal», pour reprendre les termes de l’article premier de la Convention signée à Berne en 1874[1]. La genèse de cette promesse de communication globale, la manière dont elle a accompagné l’englobement du monde par les puissances coloniales, sa perpétuation ininterrompue au cours des décennies et ses reformulations, mais aussi ses interprétations divergentes et sa réalisation toujours incomplète méritent toute l’attention des historiens des sociétés contemporaines et de leurs mondialisa­tions. Pourtant, comparée à l’Union internationale des télécommunications, qui fut tôt considérée comme sa jumelle[2], l’UPU est restée dans l’ombre. Fascinés par l’avènement des communications électroniques, les historiens ont de manière générale négligé l’importance économique, sociale, culturelle et pour toutes ces raisons politique, des réseaux postaux à l’époque contemporaine. Absolument centraux au XIXe siècle, ils sont restés présents et se sont transformés au XXe et au XXIe siècle, jusqu’alors essor du commerce électronique.

L’UPU en tant qu’organisation est un fascinant objet d’histoire globale, dont la singulière longévité invite à la réflexion. Sa création n’est pas allée de soi. Face à Heinrich von Stephan qui faisait depuis Berlin la promotion d’une réforme complète des règles des échanges postaux internationaux, le responsable de La Poste française dénonçait le fait que la Prusse «a entrepris de faire de la politique avec la poste»[3]. Ce en quoi il n’avait pas tort, sauf à considérer qu’il n’en faisait pas lui-même en prenant cette position. Avoir ou ne pas avoir l’Union postale universelle: cela fait une grande différence, à la fois pour les organisa­tions postales, leurs employés et l’ensemble des utilisateurs des services postaux. Il se trouvait d’ailleurs en France des soutiens enthousiastes à la réforme proposée, et sa mise en œuvre fut célébrée dans de nombreux pays comme un grand progrès, parce qu’elle donnait des facilités accrues aux échanges transfrontaliers, mais aussi, à un autre niveau, parce qu’elle révélait, parmi les premières, une capacité de l’humanité à se donner des règles communes. Son rapide élargissement à des Pays-membres de tous les continents a en ce sens frappé les contemporains, de même qu’ensuite son rattachement au système des Nations Unies, décidé en 1947. La crise ouverte en 2018 par l’annonce du retrait de l’orga­nisation par les États-Unis d’Amérique, finalement non suivie d’effet, a été paradoxalement l’occasion de mettre en avant son travail et ses bienfaits. Elle a aussi été un moment d’exposition de ses limites et des tensions qui la traversent.

Si l’Union n’a pas empêché les guerres, comme les plus optimistes pouvaient l’envisager, elle y a jusqu’à présent toujours survécu. Comment a-t-elle fait face aux conflits armés et autres crises économiques, financières, sanitaires? En quoi a-t-elle constitué un moyen d’en atténuer les effets ou d’en réparer les dégâts? Que nous dit plus largement l’Union postale universelle de la globalisation ou plutôt des régimes de globalisation de l’époque contemporaine, des inégalités de richesse et des rivalités de pouvoir, de la capacité à les combler ou les dépasser? L’UPU comme plate-forme de négociation de normes et de règlement de litiges est un espace de partage et de mise en commun, d’une part, et de délimitation et de différentiation, d’autre part. Sur quelles bases l’équilibre fut-il trouvé et comment ce dernier a-t-il évolué? La promesse globale portée par cette organisation n’a-t-elle pas été reçue et mise en œuvre différemment dans les différents Pays-membres?

Nous invitons les chercheurs en humanités et sciences sociales à sortir l’Union postale universelle de l’ombre académique dans laquelle elle se trouve, à croiser leurs regards et à renouveler nos connais­sances à l’occasion d’un colloque qui se tiendra à Berne au premier trimestre de 2024. La célébration du 150e anniversaire et la localisation du colloque au siège du Bureau international de l’Union postale universelle devraient permettre un partage et un enrichissement mutuel entre chercheurs et témoins.

Voici quelques pistes témoignant des questions que se posent plus précisément les organisateurs à ce stade, non limitatives:

–        Une pionnière du multilatéralisme: que sait-on du Bureau international, de son personnel, du fonc­tionnement du Conseil d’administration et des autres instances, ou encore des Congrès? Il s’agit là de comprendre une machinerie internationale spécifique, d’en saisir les rouages, les évolutions (p. ex. avec l’émergence des «Coopératives» – télématique et EMS) et les points de friction. En faisant l’histoire d’une organisation, on veillera à s’interroger sur ses structures internes, sur les dynamiques de centralisation et de décentralisation, mais aussi, pêle-mêle, sur les langues utilisées, les relations avec les Unions restreintes, son inscription dans le paysage multilatéral mondial (quel lien avec la SDN, l’ONU, les autres organisations techniques internationales ou l’Union euro­péenne?), ou encore sur sa propre communication, de la mise en place de la revue Union Postale à l’instauration de la Journée mondiale de la poste en 1969[4].

–        Gouvernance et pouvoir dans une organisation qui se veut apolitique: l’Union est-elle représenta­tive d’un internationalisme technocratique qui a permis à des experts de créer leur propre espace de pouvoir, tout en se revendiquant d’une démarche apolitique[5]? Comment la dépolitisation des sujets s’opère-t-elle à l’UPU[6]? Inversement, comment les services diplomatiques d’un côté et les autorités publiques nationales de l’autre gardèrent-ils le contrôle de ce qui se passait à l’UPU? Quels furent les débats sur la représentation des intérêts autres que ceux des offices postaux? Les demandes récentes de participation des expressistes, logisticiens et plates-formes de commerce électronique ont-elles des précédents? Quelle place a été historiquement réservée aux utilisateurs, qui ont pu assez tôt demander à être représentés à travers notamment la Chambre de commerce internationale dès les années 1920–1930? Quels sont les membres, quels liens nouent-ils avec l’UPU? Si l’on compte quelques travaux sur le sujet, la plupart du temps centrés sur l’adhésion et les premières années[7], de nombreuses inconnues demeurent, et non des moindres lorsqu’on parle de la Chine ou de l’Inde par exemple. De quelle manière l’UPU a-t-elle été un espace de consolidation des empires coloniaux ou de contestation de ces derniers? Dans quelle mesure la décolonisation dans la seconde moitié du XXe siècle a-t-elle changé le visage de l’UPU?

–        Missions et services: à quoi et à qui sert l’UPU? Parmi les missions, celle de créer et de maintenir un territoire postal unique à l’échelle de la planète a forcément une place à part. À quelles inter­prétations et débats a-t-elle donné lieu? On pourrait notamment pointer dans cette perspective l’idée de réseaux nationaux se muant en un vaste réseau global organisé autour de règles com­munes, l’apparition de la notion de service universel, l’enjeu des frais terminaux, outil de déve­loppement pour les uns, facteur de distorsion de la concurrence pour les autres. Parmi les mis­sions trop peu connues, on pourrait explorer l’assistance technique, la mesure et l’amélioration de la qualité ou encore la question de la sécurité postale et de la lutte contre l’utilisation du réseau international à des fins frauduleuses. À côté des principaux services dont la gestion mérite toute l’attention – courrier international, courrier international accéléré (EMS), colis postaux –, d’autres services sont à investiguer – mandats et services financiers, livret d’identité postal, coupon-réponse international, pour ne citer que les premiers déployés. Sur un autre terrain: comment les révolutions connues par les moyens de transport, de l’avènement de l’automobile à celui de l’avia­tion ont-elles changé la donne pour l’UPU et réciproquement, quelle est l’influence de l’UPU dans la transformation des systèmes de mobilité?

–        Chocs et défis: l’UPU à l’épreuve. Il convient de s’interroger sur les relations entre l’UPU et son environnement, fait de conflits – deux guerres mondiales, guerre froide, conflits plus localisés –, de crises de natures variées et de défis à surmonter, comme le changement climatique, ou, d’une tout autre nature, la criminalité internationale organisée et les trafics illégaux (accord UPU Inter­pol, 1997). Sous cet angle, la digitalisation représente à la fois un défi et une opportunité: l’UPU fut-elle et reste-t-elle une actrice de la transformation numérique, de la mise en place de la Coopé­rative télématique à l’obtention de .POST en 2005?

–        Vers une histoire transnationale des timbres et de la philatélie[8]: tout à la fois média de masse et ambassadeur de papier, le timbre moderne est devenu depuis son apparition dans les années 1840 un objet familier de la grande majorité, si ce n’est de la totalité, des terriens. Quel rôle a joué l’UPU dans la normalisation de cet objet banal, cachée derrière l’imagerie nationale véhi­culée? Comment les collectionneurs de timbre participent-ils dans leur pratique même d’une vision progressiste d’un monde appelé à communiquer à travers les frontières? Quel lien la fédé­ration internationale de philatélie entretient-elle depuis sa création avec l’Union? Enfin, quand et comment l’organisation a-t-elle été représentée sur les timbres du monde entier? Quelles pers­pectives se présentent dans le contexte de la digitalisation qui concerne également les marques d’affranchissement et la philatélie? 

Le colloque aura lieu le 2 février 2024 à Berne, au Bureau international de l’Union postale universelle. Les intervenants présents pourront bénéficier d’une prise en charge, au moins partielle, de leurs frais de transport et de séjour, en fonction du budget disponible. Des interventions à distance seront possibles.

À l’occasion de ce colloque, l’UPU ouvrira totalement l’accès à ses archives, à Berne.
 
Les propositions devront être composées, dans un même fichier Word:
–        d’un texte de 500 mots environ présentant le contenu et l’arrière-plan disciplinaire de l’intervention;
–        d’une courte bibliographie comprenant jusqu’à cinq références;
–        d’une présentation biographique de l’intervenant n’excédant pas cinq lignes.
 
Les propositions sont à envoyer en anglais ou en français, langues du colloque, par courrier électronique, avant le 31 mars 2023 à:

Léonard Laborie (CNRS, Paris)
leonard.laborie@cnrs.fr
Sébastien Richez (Comité pour l’histoire de La Poste, Paris)
sebastien.richez@laposte.fr
 
Les propositions seront examinées par un comité scientifique en cours d’élaboration.
 
Le comité d’organisation est composé des personnalités suivantes:

Olivier Boussard, Directeur de l’administration et du Cabinet, Union postale universelle
Elisabeth Massonnet, Directrice adjointe, Relations européennes et internationales, La Poste Groupe
Kayla Redstone, experte «Communication et information», Union postale universelle
José Anson, économiste, Union postale universelle
Muriel Le Roux, CNRS, IHMC, Comité pour l’histoire de La Poste
 
Les résultats seront communiqués au début de mai 2023.

Contact presse:
Kayla Redstone
Experte, Communication & Promotion
Union postale universelle (UPU)
Portable: +41 76 457 36 54
Courriel: kayla.redstone@upu.int
 
[1] «Les pays entre lesquels est conclu le présent traité formeront, sous la désignation de l’Union générale des postes, un seul territoire postal pour l’échange réciproque des correspondances entre leurs bureaux de poste». Article premier de la Convention. Documents du Congrès postal international réuni à Berne du 15 septembre au 9 octobre 1874. Berne, Bureau international de l’UPU, réimpression 1944, 165 p. (hors annexes), p. 139.
[2] Rares sont les publications académiques centrées sur l’histoire parues depuis le travail fondateur de Georges Codding, The Universal Postal Union: coordinator of the international mails, New York: New York University Press, 1964. On notera: Francis Lyall, International communications: the International Telecommunication Union and the Universal Postal Union, Farnham: Ashgate, 2011. D’anniversaires en anniversaires, l’UPU a publié des rapports rétrospectifs à l’intérêt variable: L’Union postale universelle: sa fondation et son développement: mémoire publié par le Bureau international à l’occasion du 50e anniversaire de l’Union 1874–1924, Berne, UPU, 1929; Universal Postal Union 1874–1974: 100 years of iInternational cooperation, Berne: Information Service of the Universal Postal Union, 1974; The Universal Postal Union: its creation and development, Berne: International Bureau of the Universal Postal Union, 1983; L’Union postale universelle, 125 ans: 1874–1999, Berne et Londres, International Systems & Communications Limited et UPU, 1999. On verra aussi: Centenaire de la réunion de la première Commission inter­nationale des Postes, Paris, Ministère des postes et télécommunications, 1963.
[3] Edouard Vandal (1868), cité par Léonard Laborie, L’Europe mise en réseaux. La France et la coopération inter­nationale dans les postes et les télécommunications, années 1850–1950, Bruxelles, Peter Lang, 2010, pp. 80/81.
[4] Richard R John, «The public image of the Universal Postal Union in the Anglophone world, 1874–1949», in Jonas Brendebach, Martin Herzer, Heidi Tworek (eds.), International organizations and the media in the nineteenth and twentieth centuries: exorbitant expectations, London: Routledge, Taylor & Francis Group, 2018, p. 38-6.
[5] Jens Steffek, International Organization as Technocratic Utopia, Oxford, Oxford University Press, 2021.
[6] Marieke Louis, Lucile Maertens, Why International Organizations Hate Politics. Depoliticizing the World, London, Routledge, 2021.
[7] Exemple: George B Arfken, Canada and the Universal Postal Union, 1878–1900, Toronto, Ont.: Unitrade Press, 1992. Plus recent: Douglas. «Japan and the Universal Postal Union: An Alternative Internationalism in the 19th Century», Social Science Japan Journal, vol. 17, no 1, 2014, pp. 23–39.
[8] Nous remercions Yves Drolet pour les échanges d’idées à ce sujet.