À l’occasion du Mois international de la femme, l’Union postale universelle met en avant le rôle des réseaux postaux dans le soutien aux microentreprises et aux petites et moyennes entreprises, notamment aux femmes entrepreneurs qui veulent se positionner sur les marchés internationaux. Dans le cadre de ces efforts et avant le lancement de son initiative Heya, qui soutient les entreprises dirigées par des femmes, nous avons interviewé l’artisane tunisienne Héla Chadi, dont l’expérience montre comment les services postaux peuvent permettre de connecter l’artisanat local avec une clientèle internationale.
« L’artisanat n’est pas seulement une passion. Cela peut devenir une véritable entreprise et le moyen de partager un savoir-faire unique avec le monde entier », explique Héla Chadi, fondatrice de Socadeco (Société de confection d’accessoires et de décoration).Lorsque Héla Chadi a commencé à créer des pièces textiles décorées artisanalement, inspirées du patrimoine tunisien, son ambition était de transformer sa passion en une entreprise capable de faire découvrir son art à un public plus large.
Aujourd’hui, la fondatrice de Socadeco et sa marque Cerise concrétise peu à peu sa vision de la vie. Ses créations, réalisées à partir de matières naturelles telles que le lin, le coton et les fibres végétales, allient esthétique et fonctionnalité. Les motifs brodés s’inspirent du patrimoine tunisien et méditerranéen, avec une touche contemporaine.
L’entreprise collabore également avec des artisanes de différentes régions de Tunisie, les aidant ainsi à devenir plus autonomes et à développer leurs propres activités de production.
Concilier créativité, esprit d’entreprise et responsabilités familiales
Comme beaucoup de petits entrepreneurs, Héla Chadi a démarré avec des ressources limitées et un fonds de roulement modeste. Trouver le bon marché, investir dans la communication et trouver de nouveaux clients représentaient des obstacles à surmonter au début.
« L’un des principaux défis consistait à identifier le marché qui s’adapte à mes produits, se souvient-elle. Avec des moyens financiers limités, il était difficile d’investir dans la communication ou d’atteindre de nouveaux clients. »
Au fur et à mesure que son entreprise se développait, il est devenu indispensable de s’étendre au-delà du marché local. Les clients internationaux ont créé de nouvelles perspectives pour mettre en valeur l’artisanat tunisien, mais ils ont aussi imposé de nouvelles contraintes, notamment pour répondre aux demandes de production et de garantie d’un approvisionnement régulier en matières premières.
Diriger une petite entreprise, c’est aussi devoir jongler entre plusieurs rôles.
« En tant que femme entrepreneur et artisane, je porte plusieurs casquettes, explique-t-elle. Je dois faire preuve de créativité, innover sans cesse pour développer de nouveaux produits, me démarquer et proposer des prix abordables. Mais cela ne suffit pas: je dois aussi être une gestionnaire et une stratège chevronnée, capable d’assurer l’équilibre financier de l’entreprise. »
Pour de nombreuses femmes entrepreneurs, cet équilibre ne se limite pas au lieu de travail.
« Le principal défi réside souvent dans la charge mentale que représente le fait de concilier les responsabilités professionnelles et la vie familiale, précise-t-elle. Mais c’est aussi ce qui renforce la résilience. »
Le réseau postal – Passerelle vers les marchés mondiaux
Pouvoir compter sur une logistique fiable est un autre facteur essentiel pour les artisans qui souhaitent atteindre une clientèle à l’étranger. Pour Héla Chadi, le réseau postal joue depuis longtemps un rôle essentiel dans cette connexion.
Ses produits étant souvent légers et compacts, elle fait principalement appel aux services de La Poste Tunisienne pour expédier ses commandes à l’étranger.
« Les articles que je fabrique sont généralement légers et pas très fragiles, explique-t-elle. Le transport aérien est la solution la plus adaptée pour garantir des livraisons à la fois rapides et fiables. »
Elle a pris conscience des nouvelles opportunités d’exportation lors de séminaires organisés par La Poste Tunisienne au salon national de l’artisanat, où elle a découvert l’initiative Easy Export, conçue pour aider les petites entreprises à accéder plus facilement aux marchés internationaux grâce aux services postaux.
« Dans le secteur de l’artisanat, les frais de transport représentent souvent un véritable obstacle. Les clients hésitent à passer commande lorsque les frais de livraison sont trop élevés. »
Ses produits sont parfois en concurrence directe avec des articles similaires provenant d’autres pays méditerranéens où les frais de port sont moins élevés ou déjà inclus dans le prix final.
« Lorsque les frais de transport sont facturés en sus, cela peut rendre l’achat moins intéressant, indique-t-elle. Rendre les services postaux plus accessibles et plus abordables aide les artisans à rester compétitifs sur les marchés internationaux. »
Accompagner les femmes entrepreneurs à franchir le pas
L’expérience de Héla Chadi met aussi en lumière le type de soutien concret qui pourrait aider de nombreuses artisanes à franchir le pas du commerce international. Une formation sur les procédures d’exportation, le commerce électronique et les outils numériques aiderait les petites entreprises à mieux s’y retrouver dans le domaine des ventes à l’international.
« De nombreuses artisanes possèdent un solide savoir-faire, mais elles manquent d’informations claires sur les procédures d’exportation, les formalités administratives ou la tarification sur les marchés internationaux. »
Héla Chadi estime également qu’il est utile de collaborer avec des étudiants ou de jeunes professionnels susceptibles de renforcer la communication numérique, de soutenir le développement de plates-formes de vente en ligne et d’améliorer la visibilité des produits.
Des outils numériques simples pour calculer les frais de livraison et les intégrer directement aux plates-formes de vente en ligne pourraient aussi faciliter les achats des clients et les rendre plus transparents.
Selon elle, les opportunités pour les femmes entrepreneurs d’échanger leurs expériences et d’apprendre les unes des autres sont tout aussi importantes.
« Les conseils d’une personne qui a déjà exporté des produits peuvent nous aider à éviter les erreurs et à avancer plus rapidement », conclut-elle.
À mesure que son entreprise se développe, Héla Chadi espère toucher davantage de clients à l’international et rester fidèle aux valeurs qui caractérisent son travail: qualité, créativité et authenticité.