Les régulateurs postaux, les experts et les acteurs du secteur privé se sont réunis le 5 mai 2026 à l’occasion de la Conférence sur la régulation postale de l’UPU pour aborder les grands enjeux auxquels est confronté le secteur postal, notamment la définition des marchés postaux et les implications pour le contrôle réglementaire.
Cette conférence, organisée dans le cadre du Conseil d’administration (CA) de l’UPU sur le thème «Au-delà de la boîte aux lettres – Redéfinir les limites du secteur postal», était la première du cycle de Doubaï (2026–2029).À l’ouverture de la conférence, Masahiko Metoki, Directeur général du Bureau international de l’UPU, a souligné l’importance de cette réunion des responsables de la régulation afin de trouver des approches pragmatiques pour faire évoluer le secteur dans un monde qui évolue rapidement.
«Nous ne voulons pas simplement décrire les tendances, mais identifier des approches concrètes et prêtes à être mises en œuvre pour renforcer le contrôle, faciliter une concurrence loyale, protéger les consommateurs et permettre aux opérateurs postaux de continuer à apporter de la valeur ajoutée sur les plans social et économique, a indiqué le Directeur général. Le débat d’aujourd’hui permet d’éclairer les travaux du Conseil d’administration et aide les Pays-membres à mettre en place des mesures réglementaires adaptées à leurs besoins.»
Un exposé qui plante le décor
Roel Gevaers, intervenant principal et professeur au département des transports et de l’économie régionale de l’Université d’Anvers, a présenté un état des lieux du secteur postal.
Il a mis l’accent sur l’évolution de la dynamique du secteur des colis, liée à la croissance du commerce électronique. Il ressort d’une étude portant sur le marché entre 2000 et 2024 l’évolution marquée des rôles des opérateurs postaux, des intégrateurs, des entreprises de livraison express de colis et des plates-formes de commerce électronique. Autrefois acteurs majeurs, les opérateurs postaux ne sont plus aujourd’hui que des acteurs secondaires sur le marché mondial du commerce électronique. Dans le même temps, les places de marché en ligne ont consolidé leur influence en tant que pivots, goulots d’étranglement et orchestrateurs du monde actuel.
«Le fait de savoir à qui appartiennent les données des consommateurs a un immense impact sur les tendances du marché ces dernières années, a-t-il précisé. Il ne faut pas sous-estimer le rôle des nouveaux marchés du commerce électronique entre particuliers (C2C) dans l’évolution du secteur.»
Définir les marchés et les services postaux
La première table ronde a examiné les moyens de convergence des marchés, des acteurs et des services. Joakim Levin, Directeur par intérim de l’unité des affaires postales de l’Autorité suédoise des postes et des télécommunications, a présenté les nouvelles définitions révisées du marché postal formulées par le régulateur suédois en expliquant la nouvelle approche, basée sur le contenu des envois plutôt que sur leur format. En examinant le marché des colis, le régulateur cherchait à déterminer s’il existe des lacunes justifiant leur inclusion dans l’obligation de service universel du pays: il n’en a trouvé aucune. Au contraire, plusieurs opérateurs assurent une couverture nationale à des prix raisonnables. Les lettres présentent une tout autre perspective. L’analyse du marché démontre clairement la nécessité de les maintenir dans l’obligation de service universel.
Brian Mwansa, Secrétaire exécutif par intérim de l’Association des régulateurs des communications d’Afrique australe, a souligné l’importance de définir le marché afin d’éviter toute régulation excessive ou insuffisante et a insisté sur la flexibilité de ces définitions et leur fondement sur les besoins de services et non sur les prestataires de services.
«Nous ne nous intéressons plus aux concepts traditionnels ni aux étiquettes institutionnelles, mais nous adoptons une approche axée sur le marché, centrée sur la substitution de la demande et sur l’évolution des modèles économiques», précise-t-il.
Michael Funk, économiste en chef à Swiss Economics, a dressé un état des lieux du marché actuel et a présenté plusieurs facteurs permettant de définir les différents secteurs, à savoir la couverture géographique, les dimensions des colis, le canal de livraison, l’expéditeur, le destinataire, le sens de l’acheminement, la gestion au dernier kilomètre, la structure de l’entreprise et l’origine géographique.
Les intervenants ont affirmé qu’une réorientation vers une approche axée sur les services pour définir les secteurs réduirait au minimum les lacunes là où les frontières traditionnelles entre le secteur postal et ceux des transports et de la logistique s’amenuisent. Les besoins des clients sont en train de modifier les éléments à prendre en considération lorsque les opérateurs révisent l’offre de service universel et pourraient conduire à la prestation partagée de certains services.
Cela dit, les intervenants ont unanimement déclaré qu’il n’existait pas de définition unique valable pour tout le réseau de l’UPU et ont proposé une méthodologie uniforme afin d’aider les régulateurs à débuter le processus de redéfinition, tout en garantissant aux citoyens comme aux entreprises un accès égal aux services dont ils ont besoin.
Révision du mandat réglementaire
La deuxième table ronde a étudié la question des approches communes possibles en s’intéressant notamment aux différences entre les services proposés par les opérateurs postaux traditionnels et ceux offerts par les plates-formes verticalement intégrées, telles que les places de marché en ligne qui ont mis sur pied leurs propres services de livraison.
Paolo Alagia, Chef de l’unité «Régulation et service universel» au sein de l’Autorité italienne de régulation des communications, a proposé de se concentrer sur la définition de deux délimitations pour la régulation: une délimitation externe qui définit ce qu’est le secteur postal, et une délimitation interne qui définit les types de produits ou de services. Sachant que des critères clairs sont indispensables pour délimiter les frontières, il a indiqué que les opérateurs intégrés verticalement peuvent fournir des services logistiques susceptibles d’être vus comme des services postaux. Il a conclu que la régulation devait évoluer en fonction des besoins des utilisateurs.
Apportant un point de vue du secteur privé, Adam Tomczak, responsable de développement de solutions et de livraisons internationales chez Allegro, une place de marché en ligne polonaise, a expliqué comment l’entreprise s’est transformée en une plate-forme verticalement intégrée par nécessité afin de répondre aux attentes de ses clients. Bien qu’Allegro dispose de ses propres services de livraison, elle continue de travailler avec des partenaires, mais seulement avec ceux pouvant répondre aux exigences de ses clients en matière de livraison sans faille.
«Nous ne pouvons pas prendre de risque sur le dernier kilomètre», a-t-il conclu.
Antonia Niederprüm, responsable des services postaux et de la logistique chez WIK Consult, a ajouté que les plates-formes verticalement intégrées peuvent être considérées comme des prestataires postaux, et qu’il est possible de distinguer ce qui relève strictement du domaine postal de ce qui nécessite une approche horizontale. Elle a expliqué que le principal défi en matière de définitions postales consiste à résoudre les défaillances du marché et à garantir le service universel sans freiner l’innovation par une régulation trop contraignante pour les nouvelles entreprises.
Les intervenants ont conclu que les autorités de régulation doivent revoir leur approche afin d’évaluer les besoins réels des clients et de s’affranchir des définitions «nostalgiques» du service postal qui limitent la portée de leur mandat. Selon eux, même si les définitions postales peuvent varier d’un pays à l’autre, il est possible d’élaborer une méthodologie-cadre commune afin que chaque pays choisisse ses propres priorités. L’UPU, en tant que forum de coopération intersectorielle, joue un rôle essentiel en fixant des normes destinées à soutenir ce processus.
Dans son discours de clôture de la conférence, Marjan Osvald, Vice-Directeur général du Bureau international de l’UPU, a réaffirmé la nécessité de toujours placer la clientèle au centre des enjeux.
«Pensez à vos clients, tout comme je pense aux clients de l’UPU», a-t-il conclu.
La prochaine Conférence sur la régulation postale de l’UPU aura lieu dans le cadre de la session d’automne du CA, plus tard cette année.