Le Forum postal de l’UPU de 2026, qui s’est tenu le 30 avril pendant la session de printemps du Conseil d’exploitation postale, a réuni des dirigeants postaux, des experts du secteur et des partenaires du secteur privé à Berne pour explorer comment les tendances mondiales peuvent être traduites en stratégies de transformation concrètes.
Ayant pour thème « Des tendances à la transformation – Renverser les présupposés postaux », le forum s’est penché sur un secteur en transition rapide, porté par le commerce électronique, la dématérialisation, l’évolution des attentes de la clientèle et des changements réglementaires.À l’ouverture de la session, Masahiko Metoki, Directeur général du Bureau international de l’UPU, a souligné qu’il est urgent de s’adapter, car le secteur postal opère dans un environnement en évolution rapide. « Dans un tel contexte, nous devons mener une réflexion approfondie pour déterminer comment le secteur postal doit s’adapter. Nous devons être prêts à nous demander quels présupposés nous sont toujours utiles et lesquels limitent peut-être notre capacité à évoluer », a-t-il ajouté.
Les principales tendances qui déterminent la transformation
Pour situer le débat, Brody Buhler, Directeur général d’Escher Group, a présenté une étude qui a analysé près de vingt ans de données d’opérateurs désignés du monde entier et a identifié cinq tendance majeures qui redéfinissent le secteur.
La première tendance – la déflation des colis – reflète un déclin structurel des recettes par colis dû à un ralentissement de la croissance des volumes et à une hausse de la concurrence, particulièrement sur le dernier kilomètre. M. Buhler a souligné qu’une divergence entre la valeur du commerce électronique et les volumes des colis donne lieu à un excès de l’offre et pousse à rechercher un meilleur rendement, ce qui oblige les opérateurs à se concentrer davantage sur la rentabilité que sur les volumes.
La seconde tendance concerne la transformation des flux transfrontaliers. Les changements réglementaires, l’évolution des exigences douanières et la relocalisation de l’inventaire plus près de la clientèle finale représentent des mesures qui engendrent la réduction des volumes sur un segment traditionnellement rentable. Dans ce contexte, les solutions de rendu droits acquittés et la fluidité du dédouanement deviennent des éléments cruciaux pour se démarquer.
M. Buhler a également remis en question les présupposés relatifs à la distribution hors du domicile, soulignant que, plus que la réduction des coûts à elle seule, le choix de la clientèle est l’argument déterminant. En parallèle, les retours prennent de l’ampleur jusqu’à constituer une seconde chaîne logistique et le « recommerce » (ou commerce inverse) renforce la nécessité de mettre en place une logistique intérieure efficace pour soutenir les flux de revente.
Enfin, les places de marché pénètrent davantage le secteur logistique, ce qui redéfinit la concurrence. M. Buhler a noté que, « si les opérateurs corrèlent souvent la rapidité aux coûts, les vendeurs considèrent que la rapidité constitue un moteur de croissance des recettes », ce qui souligne un tournant dans la façon de créer de la valeur.
La diversification en pratique
Lors de la première discussion en groupe du forum, les intervenants ont échangé sur les façons dont les opérateurs postaux adaptent leurs modèles d’activités.
Amin Benjelloun Touimi, Directeur général de Poste Maroc, a mis en avant l’inclusion financière comme moteur crucial de la diversification. Il a expliqué que le secteur postal a permis à quatre millions de foyers de toucher leurs prestations sociales et a donné un accès au système formel à des millions de citoyens autrefois non bancarisés.
Pour Tola Odeyemi, Postmaster General de Nigerian Postal Service, la diversification est étroitement liée aux priorités nationales. « Une stratégie commerciale peut également résoudre des problèmes nationaux », a-t-elle expliqué, mentionnant des initiatives logistiques visant à réduire les pertes après récolte et à renforcer la sécurité alimentaire.
Charles Brewer, Président-Directeur général de Pos Malaysia Berhad, a indiqué que le recommerce constitue une opportunité majeure sur les marchés où le commerce d’occasion reste largement informel. « Il s’agit de l’union parfaite entre le secteur du commerce électronique, qui connaît la croissance la plus rapide, et nos infrastructures et ressources », a-t-il déclaré, soulignant que les postes peuvent tirer parti de leurs réseaux et de la confiance dont elles bénéficient pour créer des solutions de bout en bout pour les acheteurs et les vendeurs.
Ivana Vrviščar, membre de l’équipe de direction de Pošta Slovenije (Slovénie), a souligné que la transformation commence par un changement de mentalité. Elle a souligné l’importance de penser à la clientèle en priorité pour améliorer la qualité de service et reprendre des parts de marché.

Des présupposés à l’action
La deuxième discussion en groupe a porté sur les façons dont les postes peuvent traduire leurs réflexions en changements concrets.
Par message vidéo, Isaac Gnamba-Yao, Directeur général de La Poste de Côte d’Ivoire, a prié les opérateurs de surmonter leur « nostalgie pour un service postal qui a toujours compté » et a insisté sur le fait que « la transformation est avant tout sociale et organisationnelle ».
Tawnee Steinke, Vice-Présidente « Produits et partenariats » de BoxC, a souligné que les postes doivent évoluer au-delà de la distribution et devenir « un catalyseur, une plate-forme capable de relier tous ces éléments ».
David Bu, responsable de la chaîne d’approvisionnement et de la logistique de Tiktok Shop pour le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et l’Union européenne, a insisté sur l’importance d’établir des partenariats et une coopération plus étroite avec les plates-formes. « Nous ne souhaitons pas simplement la survie des organisations postales. Nous souhaitons prospérer avec vous », a-t-il déclaré.
Dong Wang, Directeur adjoint de la Division des affaires internationales de China Post, a ajouté que le plus gros obstacle à surmonter est la mentalité. Il a appelé les postes à faire des expériences, à s’adapter et à travailler plus étroitement avec des partenaires.

Le forum s’est conclu sur plusieurs enseignements clés, soulignés par Marjan Osvald, Vice-Directeur général de l’UPU. Pour opérer une véritable transformation, il est nécessaire de remettre en question les présupposés de longue date et les choix en matière de diversification doivent s’appuyer sur les besoins réels de la clientèle plutôt que sur les services existants. La confiance reste l’une des plus grandes forces du secteur. Elle peut être exploitée à l’aide d’outils simples, de partenariats ou de modèles de distribution plus agiles.
Alors que le commerce s’étend sur les canaux numériques et sociaux, Marjan Osvald, Vice-Directeur général du Bureau international de l’UPU, a rappelé aux participants le rôle durable du secteur. « En fin de compte, il faut toujours que quelqu’un distribue l’envoi. La clientèle a toujours besoin d’avoir confiance en cette distribution. Et c’est là que les postes ont un rôle précieux à jouer », a-t-il remarqué.
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