Des délais plus longs de préavis de changements dans la réglementation peuvent limiter les pertes de volumes et préserver les couloirs postaux, selon une analyse de l’UPU.
Les politiques réglementaires transforment le réseau postal mondial et la manière dont elles sont conçues peut conditionner le maintien des couloirs postaux. Tel est le principal message de José Anson, économiste principal au Bureau international de l’UPU, lors de sa présentation sur les tendances et les facteurs d’évolution du secteur postal en 2026, à l’occasion de la séance plénière du Conseil d’exploitation postale (CEP).En analysant les volumes postaux enregistrés entre août 2025 et juillet 2026 parallèlement aux tendances macroéconomiques, José Anson a montré comment trois chocs majeurs ont perturbé les flux de courrier international. Il a également expliqué pourquoi les effets des chocs liés aux décisions réglementaires, contrairement à ceux d’origine géopolitique, peuvent être atténués lorsque les acteurs disposent d’un délai suffisant pour se mettre en conformité et lorsque les actions sont bien coordonnées.
Privilégier les valeurs médianes
Selon cette même analyse, les moyennes ne permettent plus d’évaluer avec précision l’état de santé du secteur postal mondial. Si le tonnage international agrégé a légèrement augmenté de 1,4% entre août 2025 et juillet 2026, les valeurs médianes donnent une image très différente de la situation.
José Anson a expliqué que cet écart montre qu’un petit nombre de couloirs particulièrement importants tirent vers le haut les chiffres agrégés à l’échelle mondiale. Une analyse plus détaillée a montré que 83% des pays ont enregistré une baisse de leur tonnage international au cours de la période, tandis que le tonnage médian entre paires de pays a reculé de 10%.
Des chocs avec effets immédiats
Le secteur a subi trois chocs majeurs au cours de cette période: un choc géopolitique et deux chocs liés aux décisions réglementaires. Tous trois ont eu un effet immédiat sur les volumes, mais l’ampleur des perturbations a varié selon les couloirs.
Après le déclenchement du conflit en Asie occidentale en mars 2026, le tonnage partant agrégé a chuté de 43,5% et le trafic arrivant agrégé de 47,8%, tandis que le couloir médian d’origine s’est contracté de 51,4% au cours du mois du choc. Quelque 280 couloirs d’origine ont cessé de fonctionner ce même mois. Cette forte baisse s’explique par les contraintes logistiques survenues immédiatement après le début de la crise, notamment la réduction des capacités aériennes dans la région, les difficultés d’acheminement en transit et la hausse des coûts d’assurance. Les couloirs ont commencé à rouvrir dans un délai de trois à six mois, à mesure que les capacités aériennes se sont rétablies.
En août 2025, les États-Unis d’Amérique ont supprimé les exemptions de minimis et ont commencé à appliquer des droits de douane différenciés selon le pays d’origine sur les marchandises arrivant par voie postale. Les volumes ont chuté de 70% au cours du mois du choc et les couloirs se sont rapidement fermés, plus de 40 pays d’origine disparaissant des flux après l’entrée en vigueur des nouvelles règles. Un an plus tard, 30 de ces couloirs ont rouvert.
Un deuxième changement réglementaire est intervenu dans l’Union européenne, qui a commencé à appliquer, en juillet 2026, un droit uniforme de 3 EUR par envoi sur les marchandises à l’importation. Le tonnage agrégé a reculé de 31% le mois du choc, mais les couloirs sont restés inchangés.
Ce contraste met en évidence un enseignement essentiel: la capacité d’un opérateur à se conformer aux nouvelles exigences détermine s’il peut continuer à opérer sur un couloir. Lorsqu’un couloir ferme, sa réouverture est loin d’être aisée.
Des politiques mieux conçues peuvent atténuer les effets des chocs
C’est l’universalité du réseau qui est en jeu. Lorsque des couloirs disparaissent, c’est également l’accès à un service abordable, efficace et véritablement mondial qui disparaît – un service dont dépendent des milliards de personnes et d’innombrables microentreprises et petites et moyennes entreprises pour participer au commerce électronique.
La bonne nouvelle est que, contrairement aux chocs géopolitiques, les chocs liés aux décisions réglementaires peuvent être mieux absorbés, à condition de prévoir un délai suffisant pour permettre aux acteurs de se mettre en conformité. Dans le cas des États-Unis d’Amérique, des droits de douane différenciés selon le pays d’origine ont été instaurés avec un préavis d’un mois seulement. La forte baisse des volumes et les fermetures durables de couloirs qui ont suivi ont montré que le réseau n’était pas prêt. Dans le cas de l’Union européenne, les opérateurs ont disposé de sept mois pour se préparer au nouveau droit forfaitaire de 3 EUR et aux nouvelles procédures d’entrée. La baisse plus limitée des volumes et l’absence d’incidence sur les couloirs existants laissent à penser que ce délai a permis aux partenaires de mieux s’adapter.
«L’expérience qui a suivi l’introduction par l’Union européenne d’un droit de 3 EUR montre que les modalités des politiques réglementaires peuvent être négociées et que, si cette concertation est mieux menée d’un choc à un autre, certains effets pourraient être atténués à l’avenir. C’est là que le rôle de l’UPU et son action d’intermédiation entre les différents gouvernements et autorités peuvent faciliter la négociation des changements réglementaires et en atténuer les effets», explique José Anson.
Avant d’ajouter: «Un rebond est possible, mais il dépend en grande partie des décisions que vous prenez ici [à l’UPU].»
Pour en savoir davantage sur les tendances du secteur postal, consultez le rapport de l’UPU intitulé «Situation du secteur postal en 2026», récemment publié.